De l'autre côté

Série de photographies, dimensions variables, 2016-2018.

Avec une bourse octroyée par le gouvernement du Mexique à travers le Secrétariat des Relations Extérieures et l’AMEXCID, pour les Images réalisées à Mexico en novembre et décembre 2015.

De l'autre côté version 1, ensemble de 8 photographies de la série, tirages Fine Art sur papier mat, 40x60 cm chacune, contrecollés et encadrés, collection FRAC Occitanie Montpellier(2017).

Dans des quartiers tels que Santa Maria la Ribera à Mexico, quand il pleut, des flaques très étendues se forment sur la chaussée qui présente de nombreux trous, affaissements et dénivellations. Dans d’autres zones de la ville, à proximité des marchés et des chantiers, les gens ont la coutume, pour nettoyer en début et en fin de journée, de jeter beaucoup d’eau au sol. Ces photographies de la surface de l’eau ont été retournées après la prise de vue, afin que l’image reflétée se trouve dans le sens correct de lecture. Le reflet présente un fragment de la ville redécoupé par la forme ample ou accidentée de la flaque qui le délimite. Les parties périphériques de l’image, le sol et les éléments au sol sont par contre perçus à l’envers, la lecture de l’espace est perturbée et on ne comprend pas bien la construction de l’image. En Amérique latine pour dire “outre-Atlantique” on dit “de l’autre côté de la flaque”. Le titre de la série évoque la présentation à l’envers de l’image et la perception comme à travers un miroir, mais aussi le fait de se retrouver del otro lado del charco, de ne pas bien comprendre la logique locale et de chercher un nouveau sens de lecture de l’environnement. Cette série est en lien avec une ressource avec laquelle Mexico à une relation bien particulière. Alors même que la saison des pluies est intense, dans cette ville à la population très dense l’eau courante peut manquer et les coupures sont fréquentes. Avant sa colonisation, Mexico était une ville fluviale, très irriguée, avec des cours d'eau partout, comme c’est encore le cas au sud de la ville, à Xochimilco. Les colons espagnols auraient décidé de combler tous ces canaux pour que la ville de Mexico soit "sèche", à l'image de leur pays. Le récit de ce fait historique et sa dimension absurde ont fait écho et donné un sens à ce que j’ai pu observer sur place, à savoir que les chilangos* font couler beaucoup d’eau au sol, comme s’ils compensaient la perte d’un état d’origine.
*Les habitants de la ville de Mexico